THE SEVEN YEAR ITCH (Sept ans de réflexion), de Billy Wilder) – La « scène du métro »… en photo et à l’écran

7 mai 2011 à 20 h 45 min | Publié dans COMÉDIE | 2 commentaires
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Voici la photo d’une des scènes les plus célèbres de l’histoire du cinéma. Elle a fait le tour du monde et a contribué à fixer la légende de Marilyn. Aux yeux de millions d’hommes et de femmes de toutes générations, cette image en venue à symboliser Hollywood et tout un pan culturel des années cinquante, de la même manière qu’une photo du couple Bogart/Bacall résume l’esprit des années quarante, une photo de BONNIE AND CLYDE l’esthétique des sixties, etc.

Il n’est pas nécessaire de connaître les fifties pour percevoir dans ce cliché la lumineuse candeur d’une ère d’opulence, où tout devenait plus ample, plus accueillant, plus « rond », plus doux au toucher, des courbes féminines au profil des voitures et à l’appareillage électroménager. Marilyn, avec ce film, émergea comme l’emblème suprême de la plénitude charnelle reconquise, offerte au regard de tous après les années d’efforts et de privations.

C’est tout cela (et bien d’autres choses encore) que nous pouvons lire dans l’image de cette fille anonyme laissant flotter, hilare, sa robe au-dessus d’une grille de métro, sous le regard d’un homme plus âgé qu’elle, représentant par l’extrême banalité de son physique les rêves et les frustrations de l’Américain moyen.

Sherman (Tom Ewell) est en retrait, s’effaçant modestement devant la Fille pour lui laisser le champ libre. L’actrice et le personnage se confondent étroitement en ces quelques secondes, qui leur appartiennent. C’est un moment privilégié, leur moment à toutes deux que Marilyn nous fait partager, sans doute avec la conscience qu’elle est en train de vivre un tournant de sa carrière. Le mâle, velléitaire et pusillanime, rêve-t-il alors d’apaiser avec la Fille son démon de midi (sa « démangeaison de la septième année »)?  Son expression mi-figue, mi-raisin traduit surtout un grand embarras. Aucune chance qu’il passe à l’acte et profite de l’absence temporaire de sa femme pour cueillir ce beau fruit défendu. La Fille, par sa candeur extrême, décourage par avance tout passage à l’acte. La tentation restera de l’ordre du fantasme abstrait.

Le photographe a cadré « large », de manière à capter à la fois Sherman et la Fille en pied et l’effet « gonflant » du souffle d’air souterrain qui va soulever la robe jusqu’à la taille. Toutes les composantes de la scène sont réunies, et c’est bien ainsi que le spectateur va se la remémorer ou, plutôt, va croire se la remémorer.


Car que voyons-nous réellement à l’écran?

Sherman et la Fille sortent d’un cinéma où ils viennent de voir L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR (Le film n’est pas choisi au hasard : il illustre à la perfection le thème de la frustration sexuelle).

Le couple, cadré à la taille, de façon assez « neutre », déambule en travelling arrière sur le trottoir, devisant sur le triste destin de la Créature. La Fille exprime une compassion comique pour le monstre solitaire. Passant au-dessus de la grille d’aération du métro, elle perçoit sur ses jambes un souffle, et s’arrête.

Sherman observe, intrigué, son soudain ravissement.

La caméra panoramique vers le bas pour accompagner son regard.

Le cadre, bien plus serré que sur la photo, sectionne Marilyn en deux, et la robe, censure oblige, monte bien moins haut que sur le cliché et est maintenue en place à deux mains.

Sherman, lui, est coupé aux genoux. Ni voyeur ni même regardeur, il n’est plus qu’un « objet » neutre, inerte. Les deux corps, littéralement démembrés, sont dépossédés de toute la charge érotique (fort modeste, en vérité) du cliché.

Le plan suivant « verrouille » encore plus le regard, puisqu’il cadre le couple en plan rapproché taille. Il n’y a plus rien à voir.

Le passage d’un autre métro permet de faire rebondir très mollement le « gag » de l’envol, de manière encore plus abstraite que précédemment, un court travelling latéral venant recadrer la Fille à mi-cuisses.

L’épisode se boucle sur un banal « two-shot » du couple, cadré à la taille. Sherman continue de reluquer un instant les jambes de la Fille, mais, nous, ne verrons plus rien.

Question : est-ce la scène (anodine à l’extrême) qui a rendu célèbre la photo? Ou bien ne serait-ce pas plutôt la photo qui aurait fabriqué à partir d’un matériau délibérément fragmenté « une scène de légende » ?

2 commentaires »

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  1. Magistral « dissection » et beau travail sur le subjectivité de la mémoire affective. Humain, trop humain …
    Bravo à Ecran captif !

  2. Le photographe de plateau du film est un ami personnel de Marilyn, le grand Sam Shaw. Il n’a pas fait une mais plusieurs photos « en pied » de la célèbre séquence qui n’ont effectivement aucun rapport avec ce qu’on voit à l’écran… Pour la petit histoire, un machiniste avait été assigné, ce jour-là, à « ventiler » la scène dessous la grille…
    Par ailleurs, c’est cette séquence et la photo de Shaw qui ont précipité la demande de divorce de Joe Di Maggio…


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